En bref
Après 25 ans de réduction des dépenses en défense, le Canada a atteint sa cible de l’OTAN de 2 % en 2026, et s’est engagé à atteindre 5 % de son PIB d’ici 2035.
L’engagement renouvelé du pays est autant une question d’ordre économique que de sécurité : il vise à créer des emplois, des capacités industrielles et une chaîne logistique durable pour l’ensemble du pays.
L’occasion est d’or et les entreprises de nombreux secteurs – des fabricants aux entreprises technologiques, en passant par les producteurs de minéraux critiques et les services aux professionnels – peuvent en tirer profit.
Les entreprises canadiennes qui ont la bonne structure financière, les bonnes relations et les bons conseils seront celles qui seront les mieux placées pour profiter de la manne.
RBC a prévu des fonds pour soutenir la croissance économique et aider à la mise sur pied et à la croissance des entreprises canadiennes axées sur les secteurs de la défense.
Le Canada se trouve à un point d’inflexion. Après 25 ans de réduction des investissements dans le domaine de la défense, le pays a respecté son engagement de dépenses de l’OTAN de 2 % et s’est engagé à les établir à 5 % du PIB d’ici 2035, soit environ 150 milliards de dollars en dépenses annuelles en dix ans.
« Ce sont de grands engagements et de grandes promesses, dit Peter MacKay, ancien membre du Parlement et ministre de la Défense nationale. Une grande part de tout cela repose sur la capacité de réaction actuelle du secteur industriel du Canada. »
M. McKay s’est entretenu avec John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, et Thomas Ashcroft, responsable principal de la politique, Enjeux mondiaux à RBC, lors d’une récente discussion animée par McInnes Cooper et RBC et intitulée Canada’s Defence Moment: Strategy, Capital, and the Road Ahead sur la stratégie, les capitaux et la voie à suivre par le Canada dans le secteur de la défense.
Leur discussion a porté sur les politiques, les capitaux et la capacité industrielle, et a clairement mis en évidence un point : l’investissement dans la défense est un réel projet d’intérêt national, et les entreprises canadiennes sont celles qui le réaliseront.
Cet investissement dans un pays plus fort et plus sécuritaire représente une occasion économique unique pour les entreprises canadiennes. Après tout, un engagement de cette importance crée une demande dans tous les secteurs, de la fabrication à la technologie, des matières aux infrastructures, ainsi que pour les services qui les soutiennent.
Quel est le défi des propriétaires d’entreprise ? Comment obtenir le capital, les fournisseurs et la capacité qui permettront à leur entreprise d’évoluer rapidement et de profiter de cette occasion unique – appuyée par l’engagement du gouvernement et par l’apport de nouveaux capitaux.
Ce que représente cet investissement pour l’économie canadienne
Les dépenses en défense ne se limitent pas à l’achat d’équipement militaire. Comme ce secteur requiert énormément de recherches et de capitaux, ses avantages profitent notamment au développement industriel, à l’innovation et aux nouvelles capacités. Ils touchent des secteurs aussi divers que ceux de l’aérospatiale à l’intelligence artificielle. De plus, une infrastructure à double usage, bâtie pour la défense mais utile à des fins civiles, peut renforcer les réseaux de transport et numériques et ouvrir l’accès à de nouveaux marchés.
En outre, au Canada, la plupart des investissements s’effectuent au pays. Les entreprises appartenant à des Canadiens dépendent largement de fournisseurs canadiens, de sorte que les sommes investies dans la défense ont tendance à recirculer dans l’économie nationale, multipliant les avantages économiques et élargissant l’éventail des secteurs gagnants.
Les premières données donnent une indication des perspectives d’essor économique. Le Canada dépense environ 17,2 milliards de dollars en défense en 2025-2026, et les retombées sont déjà visibles à l’échelle provinciale. L’Ontario estime que sa Stratégie industrielle en matière de défense pourrait créer 43 000 emplois, ajouter 6 milliards de dollars au PIB et générer plus de 400 millions de dollars de recettes annuelles d’ici 2035, principalement grâce aux minéraux critiques, à l’énergie nucléaire, à la fabrication de pointe et à l’aérospatiale. Pour les entreprises de ces secteurs, la hausse de la demande ne fera que s’accélérer.
Des occasions qui se multiplient
Le secteur national de la défense est relativement modeste pour l’instant par rapport aux États-Unis et à de nombreux pays européens et asiatiques. Approximativement 600 entreprises génèrent des revenus annuels d’environ 14 milliards de dollars, et dans la grande majorité des cas, il s’agit de petites et moyennes entreprises. La Stratégie industrielle de défense, lancée au début de 2026 pour placer l’industrie canadienne au centre de la croissance, vise à faire passer la part des acquisitions de défense attribuées à des entreprises nationales à 70 %, comparativement à 43 aujourd’hui. Pour combler cette lacune, il faudra attirer un plus grand nombre d’entreprises, y compris celles qui ne sont pas encore présentes dans le secteur.
Lorsqu’on lui demande où réside le plus grand potentiel, M. MacKay mentionne d’abord la technologie. « Le secteur technologique est celui où le Canada détient un avantage naturel, et nous en tirons profit, dit-il. Des diplômés hautement qualifiés et scolarisés sortent de nos universités et collèges, et ils possèdent l’ambition et le savoir-faire nécessaires. J’ai rencontré beaucoup de ces jeunes entrepreneurs qui réalisent des choses incroyables qui s’alignent bien sur les besoins de l’armée moderne que nous essayons de bâtir. »
Le secteur maritime du Canada occupe aussi une place importante dans la liste. La construction navale, jumelée à la technologie, est une force de longue date du Canada – elle joue un rôle tant à l’échelle nationale qu’à l’exportation au service des alliés et de l’OTAN. Les systèmes à distance et la cybersécurité complètent les domaines d’innovation émergents.
La propriété intellectuelle est un fil conducteur dans chacun de ces domaines. MM. MacKay et Stackhouse s’entendent sur le fait que le Canada doit être un foyer de protection de la propriété intellectuelle et de technologies industrielles et que, surtout, la propriété intellectuelle doit demeurer au pays.
L’avantage du double usage
Certaines des occasions les plus intéressantes pour les entreprises se présentent lorsque les marchés de la défense et les marchés civils se recoupent. Par exemple, les drones conçus pour la surveillance peuvent recueillir des données agricoles ou prévoir les feux de forêt. Les technologies sous-marines qui mesurent l’épaisseur de la glace et l’érosion côtière permettent également de surveiller les menaces étrangères dans les eaux canadiennes. Pour les entreprises à l’origine de ces technologies, le double usage signifie l’accès à de multiples marchés, des revenus diversifiés allant au-delà des approvisionnements gouvernementaux et, possiblement, un profil de crédit rehaussé.
Il existe un précédent pour ce type d’adaptabilité. « J’espère que nous tirerons certaines leçons de la pandémie de COVID-19, dit M. MacKay. L’industrie canadienne a évolué pour répondre aux besoins de l’heure – des entreprises du textile ont confectionné des masques et des producteurs d’alcool ont produit du désinfectant, tandis que des sociétés de technologie ont agi rapidement pour combler les lacunes. La base industrielle de défense essaie de faire de même. »
Outre l’occasion de double usage, il y a des raisons de demeurer prudents. « Le double usage ouvre des possibilités économiques pour les fabricants et des possibilités politiques pour le gouvernement, mais il entraîne aussi des complications, affirme M. Stackhouse, faisant référence à la différence des caractéristiques de risque qui peuvent modifier l’approche de financement. Nous devons réfléchir aux occasions et aux obstacles et nous assurer qu’une approche à usage double permet d’obtenir plus de capitaux dans le secteur sans constituer un obstacle. »
Comme le soulignent MM. MacKay et Stackhouse, pour les entreprises bien établies dans les secteurs de l’automobile, de la fabrication de pointe, de la technologie et de l’ingénierie, la transition vers la défense pourrait se faire plus facilement que prévu. Nombre d’entre elles comptent déjà sur les relations bancaires et les facilités de crédit que les nouveaux venus ont de la difficulté à obtenir. Ce sont des atouts certains quand la rapidité est indispensable.
Rapidité et portée : le défi et l’occasion
Le Canada tente en fait de bâtir à un rythme de temps de guerre par l’intermédiaire d’institutions bâties pour les temps de paix, ce qui crée une discordance notable entre l’ambition et le rythme. La nouvelle Agence de l’investissement pour la défense vise à accélérer le mouvement des capitaux et à aider les entreprises à tirer profit de la niche actuelle. Pour les entreprises elles-mêmes, le moment représente à la fois un défi et une occasion : celles qui sont prêtes à s’adapter et à croître peuvent rapidement intégrer un marché en expansion, tandis que celles qui n’ont pas la capacité d’agir aujourd’hui pourraient voir la fenêtre se refermer dans l’avenir.
Comme le reconnaît M. MacKay, la vitesse n’a pas toujours été un point fort à l’échelle nationale. « Nous devons gagner en vitesse, dit-il. Ce n’est pas seulement une question d’ordre militaire, c’est un défi canadien. Nous aimons prendre le temps de bien réfléchir, c’est l’une de nos forces. Mais il y a des moments dans l’histoire – et nous sommes dans l’un d’eux – où le monde ne nous permet pas de prendre notre temps. »
Il cite l’exposition du Canada dans l’Arctique comme un bel exemple du manque d’urgence au pays. « À mon avis, nous n’avons pas fait assez d’efforts pour combler l’écart dans l’Arctique et réduire notre exposition », dit-il, expliquant que la région a besoin d’une défense active, au-delà des systèmes d’alerte précoce existants.
En savoir plus : Le renforcement militaire canadien
Cela dit, il y a raison de croire que le Canada sera en mesure de réaliser rapidement une mise en œuvre complexe. M. MacKay mentionne la Stratégie nationale de construction navale – bien que freinée à l’occasion par des retards et des intérêts régionaux concurrents, elle fonctionne, vingt ans plus tard.
« Des navires de construction canadienne sont mis à l’eau à Halifax, sur la côte ouest et à la Davie, indique M. MacKay. C’est une fierté nationale – et cela montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les services collaborent pour surmonter ce qui freine la réalisation de ces projets. »
Le feu vert : la préparation est le facteur décisif
Si l’occasion est diversifiée et que le moment est maintenant, qu’est-ce qui différencie les entreprises qui la saisissent de celles qui la laissent filer ? Il s’agit de préparation générale – une base financière établie, les bonnes relations et un soutien consultatif en place – bien avant qu’un contrat avec le gouvernement ne soit signé.
En réalité, il n’est pas facile de s’y retrouver dans les mécanismes financiers de la défense, car les entreprises doivent souvent augmenter leur production avant la confirmation des commandes, ce qui engendre des coûts initiaux élevés. Et, comme les cycles de paiement de l’État peuvent laisser des comptes clients en souffrance beaucoup plus longtemps que les termes auxquels la plupart des entreprises sont habituées de financer, la pression sur les flux de trésorerie pourrait être considérable.
Ceux qui s’y connaissent en entreprises en forte croissance reconnaîtront ce modèle comme « la vallée de la mort », c’est-à-dire l’intervalle entre la démonstration de l’efficacité d’un produit et sa production à grande échelle, alors qu’une entreprise doit investir bien avant de toucher un revenu. Le capital public vient remplir cet intervalle – la Plateforme de défense Banque de développement du Canada, récemment portée à 6 milliards de dollars, est conçue pour aider les PME à franchir cette étape de la croissance. De plus, une autre Initiative régionale d’investissement pour la défense de 357,7 millions de dollars vise à soutenir l’intégration de la chaîne logistique et l’innovation au chapitre du double usage. Cependant, les capitaux d’État ne suffiront pas à eux seuls.
Les prêteurs publics peuvent financer un contrat d’approvisionnement. Mais, comme le fait remarquer M. Stackhouse, « si vous cherchez à investir davantage de capitaux pour accroître la production, par l’acquisition ou une nouvelle construction, vous aurez besoin d’une gamme de capitaux plus large ».
Selon M. Stackhouse, il y a de la place pour davantage de capitaux privés – autant le capital-risque que le capital-investissement – aux côtés de l’écosystème plus large d’agences de développement régionales, de programmes provinciaux, de l’Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord (DIANA) de l’OTAN et d’incubateurs d’innovation comme COVE en bord de mer à Halifax. La bonne nouvelle, c’est que les pièces du casse-tête existent déjà. La tâche consiste à les assembler autour de la stratégie de croissance de l’entreprise.
RBC met donc ses recherches économiques et ses analyses géopolitiques au service des dirigeants, des décideurs et des chefs d’entreprise qui se penchent sur ces questions. La banque s’est engagée à fournir jusqu’à 1 milliard de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) pour soutenir les entreprises canadiennes, en privilégiant les secteurs axés sur la défense, et elle renforce les capacités dans un secteur que le pays n’a pas financé à grande échelle, en révisant ses modèles de risque et en se préparant à offrir à ces entreprises toute la gamme de financement dont elles auront besoin.
L’alignement de l’engagement, du capital et de la volonté publique que le Canada observe aujourd’hui ne se produit pas souvent, et le groupe d’experts a dit avec franchise que cela pourrait ne pas durer. Pour les entreprises qui envisagent de participer à l’essor de la défense, c’est maintenant qu’il faut se préparer.
« Le feu est passé au vert, dit M. MacKay. Et nous devons saisir l’instant présent. »
Pour comprendre ce que les investissements du Canada pour la défense pourraient signifier pour votre entreprise, discutez avec votre directeur relationnel de RBC afin de la positionner pour saisir l’occasion à venir.
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