En bref
L’économie se redressait au début de 2026, mais les enjeux commerciaux récurrents et la hausse des prix du pétrole ont ravivé l’incertitude.
Environ 90 % des exportations canadiennes entrent encore aux États-Unis sans droits de douane en vertu de l’ACEUM, qui devrait normalement être maintenu jusqu’à sa révision en juillet.
Les pressions sur les coûts et la forte concentration du marché du détail canadien compressent les marges, mais les perturbations refaçonnent la demande.
L’avantage le plus évident est ce qui est déjà à portée de main : connaître ses données, gérer les risques et s’appuyer sur ses partenaires.
Lors d’une activité récente, RBC et MNP ont invité des leaders d’entreprises des secteurs alimentaire et de la consommation à une discussion franche sur les forces économiques et politiques qui influencent leur secteur, et sur les stratégies pour les aider à composer avec ces forces.
Le secteur alimentaire canadien est depuis longtemps une force économique nationale, soutenant tant les emplois que les exportations. Le terrain semble toutefois moins stable qu’il ne l’a été depuis plusieurs années. La reprise de l’économie a pris fin en raison du retour de l’incertitude commerciale, de la hausse des prix du pétrole et des perturbations économiques mondiales persistantes, obligeant de nombreux propriétaires d’entreprise à essayer d’anticiper les changements.
Afin d’explorer ce que ces forces signifient pour les entreprises, des experts de RBC et de MNP ont fait part de leurs perspectives et, plus important encore, des occasions à saisir :
Jane Henderson (animatrice)
première directrice générale, Groupe des clients corporatifs, RBC
Claire Fan
économiste principale, RBC
Lana Difrancescomarino
VP, Solutions de gestion du risque, RBC
Matt MacDonald
leader national, Transformation alimentaire, MNP
Mike Cristea
leader, Services-conseils en commerce et Taxes indirectes, MNP
Ensemble, ils ont passé outre les manchettes pour se concentrer sur ce dont les entreprises ont individuellement besoin pour composer avec un environnement volatil : la résilience, l’agilité et la discipline nécessaires pour agir sur les choses à leur portée.
Le contexte économique, en bref
À l’approche de 2026, l’économie canadienne était plus solide que ne le laissaient présager les manchettes. L’an dernier, nous avons enregistré la première croissance réelle du PIB par habitant en trois ans, grâce à des taux d’intérêt plus bas qui ont soutenu la reprise. Toutefois, plus tôt cette année, le retour de l’incertitude commerciale et la hausse des prix du pétrole ont pesé sur la confiance, ce qui a ravivé la volatilité pour les ménages et les entreprises.
Les dépenses de consommation ont mieux tenu le coup que la confiance générale, mais la reprise a été inégale. Claire Fan, économiste principale à RBC, a décrit une économie en forme de « K », dans laquelle les dépenses des ménages prennent deux directions : les ménages à revenu plus élevé continuent à dépenser et à prospérer, tandis que les ménages à revenu moins élevé sont confrontés à des tensions croissantes.
« Nous constatons aujourd’hui que de plus en plus de ménages à faible revenu doivent compter sur les prestations de l’État pour leurs besoins les plus élémentaires, ajoute-t-elle. Cela nous renseigne sur l’environnement, qu’il y a par exemple une divergence dans les résultats économiques qui n’est pas prise en compte dans les statistiques générales. »
« De plus en plus de ménages à faible revenu doivent compter sur les prestations d’État pour leurs besoins les plus élémentaires. »
– Claire Fan, économiste principale, RBC
En ce qui concerne les taux d’intérêt, le portrait à court terme invite à la prudence. La Banque du Canada devrait maintenir son taux de référence tout au long de l’année, et RBC prévoit jusqu’à quatre hausses de taux en 2027. Par ailleurs, les attentes de hausses de taux sont déjà prises en compte, les taux fixes augmentant de manière constante même si les taux de référence n’ont pas bougé. Cela rappelle aux entreprises que leurs taux d’emprunt ne sont pas seulement tributaires des décisions des banques centrales.
Droits de douane et ACEUM : ce que les propriétaires d’entreprise doivent savoir
Malgré l’agitation entourant la politique commerciale, le contexte pour les entreprises canadiennes du secteur de l’alimentation est plus rassurant que ce à quoi bien des propriétaires peuvent s’attendre. Comme l’a mentionné Mike Cristea, leader, Services-conseils en commerce et Taxes indirectes à MNP, environ 90 % des exportations canadiennes entrent aux États-Unis sans droits de douane grâce à la conformité à l’Accord Canada, États-Unis-Mexique (ACEUM) – et le groupe d’experts était persuadé que l’accord serait maintenu.
« Les États-Unis ont à maintes et maintes reprises manifesté leur intérêt pour cet accord. »
– Claire Fan, économiste principale, RBC
« Les États-Unis ont à maintes et maintes reprises manifesté leur intérêt pour cet accord, a souligné Mme Fan, en grande partie parce que l’accès en franchise de droits de douane signifie aussi un coût moindre des intrants pour les importateurs américains – ce qui entraîne donc des prix moins élevés pour les consommateurs américains. La décision du 1er juillet de reporter (ou non) la date d’expiration de l’ACEUM au-delà de 2036 approche à grands pas, mais Mme Fan ne s’attend pas à ce que cette décision ait une incidence immédiate sur les droits de douane américains.
Le principal irritant reste donc l’incertitude, et non les droits de douane eux-mêmes. « Les propriétaires d’entreprise nous disent que dès qu’ils en sauront plus sur l’ACEUM, les choses iront beaucoup mieux, car ils auront enfin des précisions », a déclaré Jane Henderson, de RBC. Elle a fait remarquer que bon nombre d’entre eux ont déjà mis en place les mesures adéquates. « Les gens qui ont pris le temps de se conformer à l’ACEUM sont en bonne position, c’est pourquoi les perspectives de conseillers comme M. Cristea sont devenues de plus en plus importantes au cours de la dernière année. »
Dans un contexte d’ambiguïté, les entreprises sont également confrontées à une hausse du coût des intrants tout en étant soumises à des pressions pour maintenir les prix de détail – une combinaison qui ne fait qu’ajouter à un environnement opérationnel déjà difficile.
« Vous pouvez réduire vos droits de douane non pas en changeant vos activités, mais en changeant en partie où vous les menez, que ce soit au Canada ou aux États-Unis », a expliqué M. Cristea. Cela peut signifier déplacer une partie de la chaîne de production de l’autre côté de la frontière et ainsi réduire les droits de douane lorsque les biens la traversent – une approche habituellement gérée au moyen des préférences d’origine douanière et du prix des transferts.
M. Cristea a noté trois leviers pour vous aider à réduire votre taux effectif :
Conformité à l’ACEUM. Assurez-vous que votre produit est admissible à un accès sans droits de douane en vertu de l’accord.
Détaxe d’exportation. Recouvrez les droits de douane payés sur les intrants importés qui sont réexportés posttransformation.
Planification des droits de douane. Structurez les intrants et la production pour les aligner sur les catégories juridiques des droits de douane en vertu des accords commerciaux en vigueur.
Pourquoi les marges sont-elles faibles : la hausse des coûts dans un marché de détail concentré
Au sein du marché national, le plus grand défi réside dans les marges. L’augmentation du coût des intrants, notamment le carburant, les marchandises, les engrais et les cultures touchées par les conditions climatiques, se heurte à un environnement de détail où les hausses de prix sont difficiles à transmettre.
Le secteur du détail canadien entre également en ligne de compte. Comme le souligne Matt MacDonald, leader national, Transformation alimentaire à MNP, les quatre plus grands détaillants du Canada détiennent environ 72 % du marché, comme le révèle le rapport de MNP sur le classement mondial des pays les plus influents. Ce niveau de concentration réduit les possibilités pour les producteurs, limite l’accès à des canaux diversifiés, accroît la dépendance à un petit nombre d’acheteurs et comprime les marges dans une chaîne logistique déjà complexe et coûteuse.
Cela illustre également les défis d’échelle. Comme l’explique M. MacDonald, un même épicier régional des États-Unis peut exploiter autant d’établissements dans le Sud-Est qu’une chaîne canadienne nationale le fait à l’échelle du pays, ce qui montre comment la géographie et la concentration forment ensemble un environnement d’exploitation très différent au Canada.
Si la dynamique est plus prononcée dans le secteur alimentaire, des pressions semblables sont exercées sur les marges dans l’ensemble des secteurs où le pouvoir d’établissement des prix est restreint.
« La géographie et les ressources du Canada constituent une force fondamentale, mais son étendue entraîne une complexité logistique inhérente, ce qui renforce la nécessité d’une planification rigoureuse et de solides partenariats stratégiques. »
– Matt MacDonald, leader national, Transformation alimentaire, MNP
M. MacDonald suggère que la collaboration est la voie de l’avenir. Il s’agit de créer des forums plus intentionnels pour permettre au secteur de s’entendre, d’échanger des idées et de s’attaquer à des défis communs. Ce faisant, les entreprises peuvent réaliser des gains d’efficience et gérer plus efficacement les contraintes d’échelle.
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L’occasion : transformer les lacunes en croissance
Les perturbations n’éliminent pas nécessairement la demande – le plus souvent, elle émerge ailleurs et différemment. Alors que les ménages reportent leurs achats importants, les petits luxes comme le café spécialisé et les gâteries de tous les jours se sont montrés résilients – et les formats à service rapide gagnent en popularité, tandis que les restaurants traditionnels restent à la traîne.
Pour les entreprises, l’occasion consiste à réagir rapidement et délibérément à ces changements. De plus grands joueurs se lancent dans les catégories à plus forte croissance ou segmentent les marques pour s’adapter à l’évolution des préférences sans diluer leur positionnement de base. Mais envergure ne garantit pas agilité, et c’est là que les petits producteurs plus souples sont souvent mieux positionnés, capables d’agir rapidement, de trouver un créneau de croissance et de répondre à la demande à mesure qu’elle évolue.
Pour de nombreuses entreprises, la réussite repose sur quelques éléments fondamentaux : l’établissement de relations stratégiques solides, l’affinement des chaînes logistiques et la protection des marges. Ensemble, ces facteurs permettent de réagir rapidement et de saisir de nouvelles poches de croissance à mesure qu’elles émergent.
« Dans le marché actuel, la taille ne suffit plus. Les entreprises capables de changer de cap rapidement, de protéger leurs marges et de répondre à l’évolution de la demande seront avantagées. »
– Matt MacDonald, leader national, Transformation alimentaire, MNP
Mettre l’accent sur ce que vous pouvez contrôler
L’incertitude influence comment de nombreux propriétaires et exploitants établissent les prix, des partenariats et exploitent leur entreprise. Dans ce contexte de grande fluctuation, le groupe d’experts a recommandé de se concentrer sur les leviers à portée de main. Comme l’a dit Lana Difrancescomarino de RBC : « Il y a tant de choses qu’on ne peut contrôler : les droits de douane, l’économie, la consommation. Mais vous pouvez contrôler votre niveau de connaissances. Dans le pire des cas, vous apprenez quelque chose de nouveau et mettez plus d’outils dans votre boîte à outils. »
Pour les entreprises des secteurs alimentaire et de la consommation, le groupe d’experts a recommandé quatre priorités :
Soyez au courant de vos données. Des données financières exactes et opportunes constituent l’outil de prise de décision le plus puissant et permettent de modéliser des scénarios – qu’il s’agisse d’un changement de taux, d’une hausse des coûts ou de nouveaux droits de douane – avant qu’ils ne se concrétisent.
Gérez les risques financiers que vous pouvez. Grâce à la couverture et au financement sur mesure, vous pouvez gérer activement l’exposition au risque de change, aux taux d’intérêt et aux marchandises, ce qui permet d’éliminer une certaine volatilité.
Appuyez-vous sur vos partenaires. Les banquiers et les conseillers peuvent recommander des outils, des stratégies et des options de financement susceptibles d’alléger la pression sur ce qui est hors de votre contrôle.
Intégrez la diversification à votre plan à long terme. Explorer de nouveaux marchés et de nouvelles voies d’approvisionnement est une décision stratégique et non une réaction à la pression.
Ce que cela signifie pour votre entreprise
Le portrait macroéconomique demeurera probablement incertain pendant un certain temps, mais le message du groupe d’experts était en fin de compte optimiste. La stabilité commerciale est probablement ce qui nous attend, et les entreprises les mieux positionnées pour prospérer seront celles qui restent agiles, tout en restant proches de leurs données, en gérant ce qu’elles contrôlent et en bougeant rapidement lorsque des occasions se présentent.
Voici comment RBC peut vous aider
Pour que votre entreprise atteigne tout son potentiel, vous avez besoin de plus que des produits bancaires. Bénéficiez du soutien personnalisé de spécialistes qui ont une connaissance approfondie de votre secteur et y entretiennent des relations de confiance.
Communiquez avec votre directeur relationnel RBC pour en savoir plus sur les solutions qui aideront votre entreprise à progresser.
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses entités ne font pas la promotion, ni explicitement ni implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
