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Les modèles de fabrication circulaires peuvent aider les entreprises à atténuer les risques liés au climat en gérant leur exposition aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, en anticipant les normes réglementaires et en renforçant les partenariats tout au long de leur chaîne de valeur.
La circularité vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et les déchets au moyen de la récupération de matériaux, d’énergie et d’eau. Ce modèle réduit la demande en ressources naturelles en exigeant moins d’intrants nouvellement extraits ou importés.
Dans les années 2000, l’entreprise de revêtements de sol commerciaux Interface a mis en place des processus de fabrication circulaires au moyen de programmes de collecte et de création de nouvelles gammes de produits qui réutilisent des matériaux postconsommation.
La circularité nécessite des investissements, et les entreprises peuvent en tirer des avantages allant au-delà du retour sur investissement direct, comme la valeur pour le client, la conformité réglementaire ou l’accès à des mesures incitatives du gouvernement.
Pendant des décennies, la plupart des entreprises de fabrication industrielle ont adopté un modèle de production linéaire. Selon la logique « extraire, produire, consommer, jeter », des matières premières entrent, des produits sortent et sont consommés, et les déchets, les eaux usées et l’énergie gaspillée (ce site et tous les produits offerts par RBC Bank U.S. sont disponibles en anglais seulement) sont considérés comme des pertes inévitables dans l’entreprise. Lorsque les produits en fin de vie ne peuvent être récupérés, ils sont incinérés ou mis en décharge. Pendant ce temps, la demande en matières premières nouvellement extraites pour alimenter le processus ne cesse d’augmenter. Au Canada, près de 94 % du secteur manufacturier emploie la production linéaire.
La fabrication circulaire offre une voie différente. Cette approche vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les déchets en récupérant les matériaux résiduels, l’énergie et l’eau excédentaire. Elle permet également d’utiliser les matériaux plus longtemps, ce qui peut réduire la demande en ressources naturelles et la dépendance à l’égard d’intrants nouvellement extraits ou importés. À l’échelle mondiale, plus de 90 % (ce contenu est disponible en anglais seulement) de la perte de biodiversité et du stress hydrique sont causés par l’extraction et la transformation des ressources naturelles.
Les entreprises de fabrication d’aujourd’hui se réinventent selon une longue liste de pressions qui s’étendent bien au-delà de l’usine. Un paysage géopolitique turbulent redéfinit les routes commerciales mondiales et perturbe les relations d’approvisionnement de longue date. Les matières premières, comme les métaux, les minéraux et le bois, subissent une pression croissante, ce qui accroît leur rareté et leurs prix. Les organismes gouvernementaux renforcent les règles concernant les responsabilités légales des fabricants et mettent en place des modèles de tarification qui rendent les méthodes de production à forte intensité de carbone (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) moins viable. Parallèlement, les clients et les parties prenantes portent plus que jamais une attention particulière à la façon dont les produits sont fabriqués et à ce qu’il advient de ceux-ci lorsqu’ils arrivent en fin de vie utile.
Ensemble, ces facteurs entraînent de l’instabilité dans la chaîne de valeur d’une entreprise et créent des risques pour ses activités, sa réputation et ses résultats financiers. Ils poussent également les fabricants à examiner attentivement leurs processus afin de trouver des moyens d’accroître l’efficacité, de réduire les coûts, de minimiser les déchets et d’optimiser l’utilisation des matériaux.

De plus en plus, les fabricants considèrent la circularité comme un avantage concurrentiel plutôt qu’un coût à gérer. L’entreprise de revêtements de sol commerciaux d’Atlanta Interface a amorcé son parcours il y a trente ans et constitue un exemple concret de ce qui est possible. Elle s’est récemment engagée à devenir carbonégative d’ici 2040 (ce contenu est disponible en anglais seulement), ce qui signifie que l’entreprise éliminera plus de GES de l’atmosphère qu’elle n’en émet.
« Nous évaluons constamment nos produits, notre chaîne d’approvisionnement et nos usines afin de réduire les déchets, diminuer les émissions de carbone et nous assurer que nos décisions sont fondées sur des arguments commerciaux solides », explique Liz Minné, directrice de la stratégie mondiale de développement durable à Interface. « La durabilité ne se limite pas à l’environnement. Elle concerne aussi les personnes et les profits. »
Comment la fabrication circulaire permet-elle de réduire les déchets ?
Là où les procédés de fabrication linéaires évacuent les déchets à l’extérieur du système, les modèles de fabrication circulaires (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) les réutilisent. Les produits sont conçus de sorte que les composants peuvent être séparés, récupérés et réutilisés, ce qui réduit les déchets et la dépendance aux matières premières nouvellement extraites.
Dans un modèle circulaire, les rebuts et les côtés de coupe provenant du procédé de fabrication sont utilisés pour les nouveaux produits, tandis que les produits récupérés à la fin de leur vie utile sont décomposés pour être réutilisés. L’eau est recyclée et l’excédent de chaleur est conservé pour alimenter d’autres opérations.
Les entreprises peuvent adopter différentes approches de production circulaire, en fonction de leurs matériaux, de leurs procédés et de leurs marchés. Interface s’est efforcée de revoir ses procédés de fabrication afin de réduire la quantité de nouveaux matériaux nécessaires dans ses produits et de favoriser la réutilisation de ses ressources, comme l’énergie et l’eau. L’entreprise utilise de l’électricité entièrement renouvelable (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) dans ses usines et ses sites de fabrication du monde entier. Depuis 1990, l’entreprise s’est également attachée à réduire sa consommation d’eau, grâce à des initiatives comme le recyclage de l’eau dans les procédés de fabrication des dalles de moquette et le choix de fils teints dans la masse afin d’éliminer les procédés de teinture à base d’eau.
Grâce au programme de collecte (ce contenu est disponible en anglais seulement) de l’entreprise, les dalles de moquette usagées sont réutilisées et parfois offertes comme dons à de petites entreprises ou à des organismes communautaires et caritatifs, ou traitées afin que leurs matériaux puissent être réintégrés dans de nouveaux produits. Depuis 2016, Interface a récupéré plus de 38 000 tonnes (ce contenu est disponible en anglais seulement) de dalles de moquette postconsommation.
« Nous rapportons les produits et les recyclons : nous les découpons en petits morceaux, puis nous les intégrons dans de futurs supports », explique Mme Minné.
Les décisions prises aux premiers stades de la conception ont le pouvoir de déterminer la quantité de matériaux gaspillés. Par exemple, en 2000, Interface a conçu Entropy®, l’une de ses gammes de dalles de moquette modulaires, de manière à réduire les déchets d’installation à environ 1,5 %. En comparaison, ce taux est de 3 à 4 % pour la moquette modulaire typique et d’environ 14 % pour la moquette en rouleau traditionnel. Pour ce faire, l’entreprise a créé des dalles aux couleurs qui peuvent se mélanger, plutôt que d’exiger des lots teints assortis, et qui peuvent être posées dans n’importe quelle configuration.. Au cours des 25 dernières années, Interface a continué d’ajouter de nouvelles collections et de nouveaux styles qui offrent le même avantage : la réduction des déchets.
Aujourd’hui, 52 % des matières premières d’Interface sont soit recyclés, soit d’origine végétale (ce contenu est disponible en anglais seulement) ; des ressources qui produisent moins de GES que les solutions alternatives conventionnelles.
« L’approche est toujours la suivante : “Comment pouvons-nous réduire au minimum ce qui entre dans le produit ?” », ajoute Mme Minné. « Une fois que nous avons ce minimum, la question est : “Comment trouver des sources renouvelables, des moyens de réutiliser, et ensuite, de récupérer nos produits ?” ».
Comment la circularité contribue-t-elle à réduire les risques liés au climat ?
Anticiper les réglementations et les politiques à venir qui pourraient avoir une incidence sur les activités
Les entreprises peuvent ressentir la pression de s’éloigner des modèles linéaires générant beaucoup de déchets, alors que les réglementations se durcissent aux deux extrémités du cycle de vie des produits :
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Au stade de la conception, le Règlement européen sur l’écoconception des produits durables (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) introduit de nouvelles exigences en matière de durabilité, de réparabilité et de recyclabilité.
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Les programmes de Responsabilité élargie des producteurs (REP) se développent à l’échelle mondiale, ce qui a pour effet de répercuter sur les fabricants les coûts de fin de vie, y compris ceux liés à la collecte, au recyclage et à l’élimination. Au Canada, les régimes fédéraux et provinciaux de REP se développent dans tous les secteurs, de l’emballage à l’électronique, en passant par les textiles, les vêtements, les matériaux de construction, la production alimentaire, les piles et les produits dangereux.
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Le gouvernement a également mis en place un Registre fédéral des plastiques qui oblige les entreprises qui fabriquent, importent ou vendent des produits et des emballages en plastique à déclarer chaque année les plastiques qu’elles mettent sur le marché, dans le cadre d’un programme plus vaste visant à établir une économie circulaire.
Gérer l’exposition aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale
Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement coûtent aux organisations environ 184 milliards de dollars américains par année, en raison d’un éventail de risques de plus en plus vaste, notamment les conflits mondiaux, les différends commerciaux, les catastrophes naturelles et une dépendance croissante à l’égard de minéraux essentiels, comme le lithium, le cobalt et le nickel qui sont concentrés dans quelques pays seulement (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement). Les fabricants qui dépendent d’intrants nouvellement extraits ou importés peuvent être vulnérables en cas de flambée des prix ou de pénurie d’approvisionnement, tandis que les modèles circulaires offrent une plus grande résilience et un meilleur contrôle des coûts.
Les entreprises qui anticipent ces changements pourraient avoir plus de facilité à traverser la tempête, tandis que celles qui attendent risquent des coûts de conformité et de se retrouver en situation de désavantage concurrentiel.
« Nous vivons dans un monde où les matériaux se font de plus en plus rares », souligne Mme Minné. Calculer où vont vos matériaux et les récupérer sera stratégique pour aller de l’avant. »
En savoir plus : Analyse de la chaîne de valeur dans la stratégie de durabilité environnementale de votre entreprise
La circularité peut-elle contribuer à réduire les émissions du périmètre 3 ?
Récupérer des matériaux est une chose, réduire les émissions de GES en est une autre. Selon les protocoles standard relatifs aux gaz à effet de serre, le profil d’émissions d’une entreprise est divisé en trois catégories :
- Périmètre 1 : Comprend les émissions directes provenant des activités propres à l’entreprise ;
- Périmètre 2 : Représente les émissions indirectes liées à l’énergie achetée ; et
- Périmètre 3 : Englobe les émissions provenant du reste de la chaîne de valeur, y compris les matériaux achetés, le transport et la fin de vie d’un produit.
Quel rôle les émissions de GES du périmètre 3 jouent-elles dans la chaîne de valeur d’une entreprise ?
Pour la plupart des fabricants, les émissions de GES du périmètre 3 représentent la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre, souvent plus de 70 % (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) des émissions totales. Cela crée une pression dans les deux sens :
En aval, les attentes des acheteurs évoluent. Les grands clients, qui ont souvent leurs propres objectifs d’émissions à atteindre, demandent de plus en plus aux fournisseurs (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de démontrer comment ils réduisent l’impact des émissions de GES sur l’ensemble de la production, des matériaux et de la gestion de fin de vie, ces attentes étant de plus en plus intégrées dans les processus d’approvisionnement et de production de rapports. Ces attentes se reflètent désormais directement dans les contrats et les exigences en matière de rapports des fournisseurs.
Cette pression se répercute sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Pour de nombreux fabricants, les matières premières en amont représentent la part la plus importante des émissions totales de GES (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement). Pour remédier à cette situation, il faut collaborer avec des fournisseurs qui peuvent se trouver à des stades très différents en matière de mesure, de divulgation et de capacité à réduire les émissions de GES et à récupérer de la valeur tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
En savoir plus : Le parcours de durabilité environnementale d’une entreprise canadienne
Cette réalité est devenue claire pour Interface au début des années 2000, lorsque l’entreprise a commencé à analyser ses émissions et a identifié le fil comme étant le plus grand émetteur. L’entreprise a exhorté ses fournisseurs de fil à mettre au point un nylon recyclé capable de répondre aux exigences de performance et de durabilité. Certains de ses partenaires ont rejeté cette idée comme irréaliste. Un fournisseur a choisi d’investir dans la recherche et le développement, ce qui lui a permis de produire un nylon recyclé qui a considérablement réduit les émissions d’Interface en amont. Aujourd’hui, ce même matériau est largement utilisé par d’autres fabricants de revêtements de sol et par des marques de mode.
« C’est un avantage commercial pour eux et, bien sûr, un avantage commercial pour nous également », mentionne Mme Minné.
Plus récemment, Interface a effectué une évaluation de ses vingt principaux fournisseurs (qui représentent 80 % des émissions de GES liées aux biens achetés) à l’aide d’un cadre élaboré à l’interne. L’échelle est conçue pour offrir à l’entreprise un moyen uniforme d’engager des discussions avec ses fournisseurs sur l’état d’avancement de leur démarche de réduction des émissions et sur ce qui pourrait être une prochaine étape réaliste. Dans certains cas, cela peut consister à s’inspirer d’autres fournisseurs qui sont plus avancés qu’Interface elle-même.
D’ici 2030, l’entreprise vise à réduire (ce contenu est disponible en anglais seulement) ses émissions absolues des périmètres 1 et 2 de 50 %, ses émissions du périmètre 3 liées à l’achat de biens et de services de moitié, et de 30 % ses émissions liées aux déplacements professionnels et aux déplacements des employés.
Dans les marchés concurrentiels, cet effort compte de plus en plus pour les résultats financiers. « Lorsqu’il s’agit de décider entre deux concurrents et que notre entreprise se démarque par de meilleures émissions de carbone, c’est un avantage certain », ajoute Mme Minné.
Comment les entreprises peuvent-elles commencer à envisager la fabrication circulaire ?
Une production circulaire nécessite des investissements, de la coordination et, souvent, une volonté de repenser les procédés de longue date. Il n’est pas non plus nécessaire que tout change du jour au lendemain.
« La durabilité environnementale est un objectif de long terme, ajoute Mme Minné. Mais chaque projet que nous réalisons doit s’appuyer sur un dossier de décision. »
Cela ne se traduit pas toujours par un rendement direct sur l’investissement. Parfois, le rendement passe par la valeur pour le client, par le fait de devancer la réglementation ou par l’accès à des mesures incitatives du gouvernement pour une production à faibles émissions de carbone. Pour les entreprises qui commencent tout juste leur parcours vers la circularité, de petites victoires peuvent ouvrir la porte à des changements plus importants, et l’innovation ne nécessite pas toujours de gros budgets.
Par exemple, Interface avait auparavant mis en place un programme interne invitant les travailleurs de l’usine de fabrication à proposer des idées pour la réduction des déchets. Si une idée permettait de réaliser des économies, l’employé recevait une prime.
« Ces personnes utilisent les machines tous les jours. Elles ont des idées auxquelles la direction ne penserait jamais », explique Mme Minné. « Il est vraiment important de tirer parti des petites victoires pour créer une dynamique. »
Conseils pour les entreprises qui s’orientent vers un modèle de fabrication circulaire
Les trente années d’expérience d’Interface font ressortir quelques principes pour les fabricants qui cherchent à faire des activités circulaires, peu importe le secteur ou l’envergure.
Mme Minné recommande de commencer par un projet pilote et d’en tirer des leçons, que cela fonctionne ou non. « Il est vraiment important de miser sur de petites victoires pour créer une dynamique », dit-elle.
Ensuite, examinez comment la valeur économique se perd dans l’entreprise en raison des déchets, du gaspillage d’énergie, de l’eau, des stocks excédentaires ou des produits qui doivent être refaits. Quantifier les coûts associés à ces éléments permet de déterminer où les approches circulaires offrent le meilleur rendement et monter les dossiers de décision nécessaires pour les mettre en œuvre.
Chaque nouveau produit ou chaque nouvelle idée doit permettre de gagner de l’argent ou d’en économiser, idéalement, les deux. Intégrée tôt et maintenue au fil du temps, cette discipline transforme les victoires initiales en changements durables.
La question pour les fabricants n’est plus de savoir s’ils doivent avancer dans ce sens, mais à quelle vitesse ils le feront. S’ils prennent une longueur d’avance sur ce virage ou s’ils y sont contraints.
À Interface, le parcours en matière de durabilité environnementale a renforcé un concept qui, selon Mme Minné, s’applique bien au-delà des revêtements de sol. « De la même manière que les entreprises ont causé des problèmes, elles peuvent aussi les résoudre. »
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